Bataille de Waterloo (1815) — Le jour où un système reposant sur un seul homme s'effondra faute de redondance

18 juin 1815 · Waterloo (Mont-Saint-Jean), près de Bruxelles, Belgique

Bataille de Waterloo (1815) — Le jour où un système reposant sur un seul homme s'effondra faute de redondance

Clément-Auguste Andrieux, La bataille de Waterloo, 18 juin 1815, 1852, huile sur toile, château de Versailles (MV 6340). Domaine public, via Wikimedia Commons

Le dernier pari de Napoléon, après son retour de l'île d'Elbe, fut la manœuvre devenue sa signature : la position centrale. Comme à Austerlitz, l'idée était de séparer Wellington et Blücher pour battre chacun à son tour avant qu'ils ne puissent s'unir — et le plan était juste. À Ligny il réussit, un instant, à scinder les deux. Mais tout se défit au stade de l'exécution, là où la scission devait se muer en victoire. Grouchy manqua la poursuite, Ney gaspilla la cavalerie faute de coordination interarmes, et après la mort de Berthier les ordres de l'état-major restèrent vagues. La méthode de Napoléon reposait sur l'omniprésence d'un seul homme, l'Empereur. Waterloo fut le jour où il apparut que ce système de génie n'avait aucune redondance.

1. Données essentielles

Date
18 juin 1815Les Cent-Jours
Lieu
Mont-Saint-JeanAu sud de Waterloo, actuelle Belgique
Belligérants
France vs anglo-alliés + PrusseSeptième Coalition
Issue
Victoire décisive de la Coalition→ seconde abdication ; Sainte-Hélène

Note : dans cet article, les Français sont en bleu, l'armée anglo-alliée de Wellington en rouge, et les Prussiens de Blücher en bleu acier.

Effectifs

À égalité le matin → environ 1,6× le total coalisé le soir

Fr.

env. 73 000Les quelque 33 000 hommes de Grouchy, envoyés en poursuite, étaient absents[6]

Anglo-alliés

env. 68 000Multinationale (env. 28 000 Britanniques). Beaucoup d'unités inexpérimentées[6]

Pr.

env. 48 000–50 000Arrivés l'après-midi et engagés par échelons (Bülow en tête)[5]

Canons (face à Wellington)

Fr. avantage

Fr.

env. 250 canons

Anglo-alliés

env. 156 canonsL'après-midi, les canons prussiens vinrent s'y ajouter

Pertes (tués, blessés, prisonniers)

Plus de 50 000 des deux côtés en une seule journée

Fr.

env. 25 000–33 000Tués et blessés, plus environ 7 000–8 000 prisonniers ; la déroute gonfla encore le total[2]

Total coalisé

env. 24 000Anglo-alliés env. 15 000–17 000 + Prussiens env. 7 000[6]

Note : pour la chaîne de commandement au niveau des corps, voir §3, Les deux armées. Berthier, le chef d'état-major de longue date de Napoléon, était mort avant la bataille (le 1er juin) et donc absent.

2. Contexte stratégique : le dernier plan de position centrale

En mars 1815, Napoléon s'évade de l'île d'Elbe et reprend son trône (les Cent-Jours). Mais il est cerné par les armées de la Coalition. Il choisit de frapper le premier, visant à battre en détail — avant qu'ils ne puissent s'unir — les deux ennemis déployés en Belgique : l'armée anglo-alliée de Wellington et les Prussiens de Blücher, qui ensemble surpassaient en nombre sa propre armée.

C'était la manœuvre même devenue sa signature : la position centrale (lignes intérieures). Le 15 juin, il envahit la Belgique et enfonce un coin entre les deux armées ennemies. Le 16, Napoléon bat Blücher à Ligny, tandis que Ney contient Wellington aux Quatre-Bras. Le même plan qu'à Austerlitz avait, jusque-là, fonctionné.

Mais la faille tenait à la qualité de la victoire. Blücher fut battu à Ligny, mais son armée ne fut pas détruite. Pire, les Prussiens vaincus se replièrent non pas vers l'est, le long de leur ligne de retraite, mais vers le nord, en direction de Wavre — une position d'où ils pouvaient garder le contact avec Wellington[6]. Les tenant pour hors de combat, Napoléon gaspilla la matinée du 17, et ce n'est que l'après-midi qu'il donna enfin à Grouchy quelque 33 000 hommes avec l'ordre de « poursuivre ». Le détachement partit tard, et son objectif était vague. Le plan de séparer les deux ennemis avait réussi — mais l'exécution censée les tenir séparés était déjà relâchée dès le premier geste.

3. Les deux armées et la crête de Mont-Saint-Jean

Wellington choisit la crête de Mont-Saint-Jean et y disposa une défense de revers. Il maintint ses troupes cachées derrière la ligne de crête, à l'abri de l'artillerie française, et délivrait une salve à bout portant dès qu'une colonne ennemie franchissait la crête. En avant de celle-ci, trois points d'appui faisaient saillie et servaient de brise-lames : le château de Hougoumont à droite, la ferme de La Haie-Sainte au centre, et Papelotte à gauche[3]. Derrière la droite française se trouvait le village de Plancenoit. En temps voulu, les Prussiens y apparaîtraient, venant de l'est.

4. Le déroulement de la bataille : une seule journée, le 18 juin

Carte de la bataille de Waterloo : l'assaut frontal sur la crête de Wellington et l'arrivée des Prussiens par l'est
Carte : Wellington tient la crête au nord en défense de revers ; les Français attaquent par le sud. (1) Hougoumont à droite (le piège d'usure) ; (2) l'assaut de d'Erlon sur le centre (repoussé) ; (3) la grande charge de cavalerie de Ney, sans coordination (brisée sur les carrés) ; (4) les Prussiens atteignent Plancenoit par l'est. Grouchy est fixé à Wavre, à l'est.

11 h 30 : un départ tardif. La forte pluie de la nuit précédente avait changé le sol en boue, et l'attente pour qu'il sèche assez afin de mouvoir artillerie et cavalerie repoussa le début de l'attaque vers 11 h 30[3]. Les quelques heures que le Napoléon de son apogée aurait pu absorber devinrent, ce jour-là, un retard fatal.

Hougoumont : le piège d'usure. L'attaque du château de Hougoumont, à la droite de Wellington, devait être une feinte destinée à détourner l'attention. Mais son frère Jérôme s'y obstina et y engouffra des hommes, la transformant en une bataille d'usure d'une journée entière. Une petite garnison immobilisa jusqu'à quelque 15 000 soldats français. La diversion saigna le camp qui attaquait[3].

13 h 30 : l'assaut de d'Erlon, et une contre-attaque qui se détruit elle-même. Le Ier corps de d'Erlon attaqua le centre en formation dense mais fut arrêté par les salves de la division de Picton (Picton tomba). La cavalerie lourde britannique d'Uxbridge contre-chargea alors, écrasa le corps et s'empara d'une aigle. Mais la cavalerie poussa trop loin, se heurta à la contre-attaque de la cavalerie française, fut rompue et devint inutilisable. La charge qui sauva la ligne jeta au rebut l'arme même qui l'avait délivrée.

16 h : la charge de cavalerie de Ney. Prenant le mouvement de recul de la Coalition pour une « retraite », Ney lança quelque 9 000–10 000 cavaliers — sans infanterie ni artillerie — contre les carrés britanniques intacts. Plus d'une douzaine de charges se brisèrent toutes sur les carrés, et la cavalerie française fut usée sous le feu des mousquets et des canons. Telle fut la conséquence de l'absence sur le terrain d'un chef pour combiner les armes[6].

À partir de 16 h 30 : les Prussiens arrivent, les réserves fondent. Le IVe corps de Bülow frappa Plancenoit, derrière la droite française. Napoléon fut contraint de prélever sa réserve la plus précieuse — d'abord la Jeune Garde, puis une partie de la Vieille Garde — pour y faire face. Vers 18 h, La Haie-Sainte, au centre, tomba enfin, ouvrant une occasion fugace. Mais la réserve qui aurait dû l'exploiter avait déjà été consumée à Plancenoit.

19 h 30 : la Garde repoussée, et la déroute. Napoléon joua son dernier coup en envoyant la Vieille Garde contre la crête. Mais les salves des Gardes de Maitland et le feu de flanc du 52e régiment de Colborne refoulèrent la Garde invaincue. Le cri « la Garde recule » brisa le moral français, et, les Prussiens enveloppant la droite depuis l'est, l'armée s'effondra en déroute.

5. Un système de génie sans redondance

La défaite de Waterloo mit à nu l'essence de la méthode de Napoléon.

Le plan de position centrale était juste, mais l'exécution s'est effondrée
Schéma : le plan était juste — à Ligny il sépara Wellington et Blücher. Mais l'exécution s'effondra — Grouchy ne put les tenir séparés, et Blücher rejoignit. Pour les rôles que le concepteur solitaire avait remplis, il n'y eut personne pour prendre sa place.

La manœuvre de position centrale ne devient une victoire que lorsque deux choses se rejoignent. D'abord, l'ennemi doit être scindé. Ensuite, chaque part doit être battue en détail avant qu'elles ne se réunissent. Napoléon réussit la première exactement comme prévu (Ligny). Ce qui s'effondra fut la seconde — son exécution.

Pourquoi l'exécution s'effondra-t-elle ? À son apogée — lors de batailles comme Austerlitz — Napoléon lui-même était partout au moment décisif, remplissant à lui seul le rôle qui manquait : un chef d'état-major, Berthier, qui rédigeait des ordres nets ; une poursuite qui ne laissait échapper aucun ennemi ; la coordination des armes sur le terrain. Tout était en place. En 1815, chacune de ces choses était devenue un point de défaillance unique. Berthier était mort, et les ordres de son successeur Soult étaient vagues. Grouchy manqua la poursuite, et Ney combattit sans coordination. La méthode reposait sur l'omniprésence d'un seul homme, l'Empereur, et il n'y avait aucune réserve — aucune redondance — pour combler les lacunes qu'il ne pouvait remplir lui-même. Aussi, chaque fois qu'un point unique cédait, il devenait une blessure mortelle.

En toute justice, il faut dire que ce furent des « défaillances de subordonnés » et en même temps des « choix faits par Napoléon lui-même »[4]. C'est l'Empereur qui plaça Soult comme chef d'état-major, qui choisit Grouchy — peu fait pour un commandement indépendant — et qui confia le commandement tactique à Ney. Autrement dit, il bâtit un système criblé de points de défaillance uniques et plaça des hommes faibles à ses nœuds critiques. « Les subordonnés ont échoué » et « l'Empereur a échoué » ne s'opposent pas ; ce sont les deux bouts d'une seule et même chaîne.

6. Anatomie de la défaite : quatre défaillances d'exécution

01

La poursuite manquée de Grouchy

Avec quelque 33 000 hommes sous ses ordres, il ne put rattraper Blücher ni empêcher la jonction. Pressé de marcher au canon, il refusa, s'abritant derrière ses ordres. Le rôle de maintenir la scission intacte resta inaccompli.

02

Les charges de cavalerie sans coordination de Ney

Il lança la cavalerie seule, sans soutien d'infanterie ni d'artillerie, encore et encore contre les carrés, gaspillant la cavalerie française. L'autorité de commandement qui lie les armes entre elles ne fonctionna pas sur le terrain.

03

Un état-major sans Berthier

Berthier, qui traduisait les conceptions de l'Empereur en ordres nets, était mort. Les instructions de son successeur Soult étaient vagues, engendrant cette ambiguïté même dans les ordres à Grouchy et à Ney. Le système nerveux qui porte les ordres n'avait aucun relais.

04

La marge perdue

Un départ tardif à cause de la boue, le désavantage numérique d'un manque d'environ 33 000 hommes, une armée d'après la restauration jeune et inexpérimentée. Il n'y avait plus le jeu nécessaire pour absorber le genre d'erreur qui jadis aurait pu l'être.

Les quatre sont l'absence d'une fonction que, à son apogée, Napoléon lui-même ou ses troupes d'élite avaient remplie. S'il y avait eu un relais ne fût-ce que pour l'une d'elles, cela n'aurait peut-être pas été fatal. Mais dans un système sans redondance, la défaillance simultanée des points uniques est tout simplement l'effondrement.

7. Démontage des mythes : la santé, le temps et « si seulement Grouchy… »

Waterloo s'accompagne de trois explications convenues de la défaite. Chacune détourne le regard de la structure.

Tableau de la dernière charge de la Garde impériale à Waterloo
Ernest Crofts, La dernière grande attaque de Napoléon à Waterloo, 1895. Domaine public, via Wikimedia Commons.
Le repli de la Garde fut le « déclencheur » de l'effondrement, non sa cause. La cause résidait dans les Prussiens qui se rapprochaient par l'est et dans la réserve qui avait été saignée.

Premièrement, la thèse de la santé. Il est vrai que Napoléon souffrait d'hémorroïdes et de troubles urinaires, mais rien de solide ne prouve que cela ait causé la défaite, et le jour même il était en selle, commandant dès le matin. Deuxièmement, la thèse du temps. La boue retarda le départ, mais ce ne fut qu'un facteur parmi d'autres qui accéléra la défaite. Troisièmement, « si seulement Grouchy avait marché au canon ». C'est aussi l'excuse que Napoléon lui-même répandit à Sainte-Hélène. Faites de Grouchy seul le coupable, et la responsabilité de l'Empereur — qui conçut le système et en affecta le personnel — disparaît du regard.

Le récit populaire qui célèbre la charge de Ney comme « héroïque » et raconte le repli de la Garde comme un dénouement tragique tombe dans le même piège. Le courage était réel, mais ce qui décida de l'issue, ce fut le jugement de commandement et la fragilité du système. Le vrai visage de cette défaite ne fut ni un coupable unique ni un coup de malchance, mais une structure dépourvue de redondance.

8. Simulation contrefactuelle

Ce qui suit est une expérience de pensée fondée sur les sources ; les issues ne peuvent être prouvées. Elle est proposée pour rendre visibles les dépendances entre les éléments.

BrancheIssue tactiqueEffet à long terme
A : Grouchy marche au canon Si ses quelque 33 000 hommes avaient rejoint le champ de bataille, les Français auraient peut-être pu enfoncer Wellington avant le soir. Ou du moins ils auraient pu fixer une partie de la force prussienne. Si le rôle de maintenir la scission intacte avait été rempli, le plan de position centrale aurait pu mûrir en victoire. Mais le secours de Blücher était solide, l'issue n'est donc pas garantie. Une branche qui montre le poids d'un point unique d'exécution.
B : Berthier est encore en vie Si des ordres nets avaient atteint Grouchy et Ney, la direction de la poursuite comme le maniement de la cavalerie auraient pu être différents. Si le système nerveux avait fonctionné, une partie de la défaillance d'exécution aurait pu être évitée. Une branche sur la question de savoir si le point de défaillance unique avait un « relais ». Que l'absence d'un seul officier d'état-major ait tant pesé est en soi la preuve du « manque de redondance ».
C : le Napoléon de son apogée commande Avec le même plan et les mêmes subordonnés, si l'Empereur lui-même avait été partout aux moments décisifs, comblant les lacunes, les erreurs auraient peut-être été absorbées (comme le note Roberts). Le revers d'une méthode qui dépendait de « la capacité d'un seul homme, l'Empereur ». Une branche qui éclaire la thèse centrale de cet article — qu'il s'agissait non d'un système reproductible, mais d'un génie individuel lié à une seule personne.

Ce vers quoi les trois branches pointent en commun, c'est que la défaite de Waterloo ne fut pas « une erreur de plan » mais « une absence d'exécution » — et que cette exécution dépendait d'une structure sans redondance, soutenue par l'omniprésence d'un seul homme, Napoléon.

9. Conséquences stratégiques : Sainte-Hélène et la fin d'une époque

La déroute courut jusqu'à une fin impitoyable.

  • Nuit du 18 juin : les Prussiens de Gneisenau poursuivirent toute la nuit et détruisirent l'armée française. La voiture de Napoléon fut capturée à Genappe.
  • 22 juin : de retour à Paris, sous la pression des chambres, Napoléon abdiqua une seconde fois (nominalement en faveur de son fils, « Napoléon II »)[2].
  • 15 juillet : il se rendit à bord du HMS Bellerophon. En octobre, il fut exilé à Sainte-Hélène, une île au milieu de l'Atlantique, où il mourut le 5 mai 1821.
  • Par la suite : Ney fut fusillé pour trahison le 7 décembre. En France, Louis XVIII fut restauré, et le second traité de Paris, en novembre, imposa des conditions plus dures que celles de 1814.

Ainsi prirent fin les vingt-trois années des guerres de la Révolution française et de l'Empire. « Waterloo » survit en anglais jusqu'à ce jour comme une expression désignant une défaite décisive et finale — to meet one's Waterloo.

10. Leçons pour aujourd'hui

Ce que Waterloo nous jette à la figure, c'est cette perspective : un système qui dépend d'un seul génie brille tant que cet homme peut combler chaque lacune, mais à l'instant où l'échelle ou la situation grandissent au-delà de sa portée, le manque de redondance devient fatal.

  • Une force liée à une seule personne est fragile tant qu'elle n'est pas érigée en système. La méthode de Napoléon était un génie individuel dépendant de l'omniprésence de l'Empereur lui-même — non un système que n'importe qui pouvait faire tourner. Dans les organisations aussi, un dispositif où chaque décision converge vers un fondateur unique est fort tant que cette personne est là, mais se grippe à l'instant où elle s'en va. Apple dériva après avoir évincé Steve Jobs en 1985 et fut poussée à quelques mois de la faillite en 1997. Elle ressuscita avec le retour de Jobs (1997) — un cas d'école de « l'organisation qui ne peut tourner sans son génie ».
  • Concevez la succession et la redondance. Quand une personne irremplaçable s'en va, une organisation sans relais dérive. Disney, ayant perdu Walt Disney en 1966, languit créativement pendant environ dix-huit ans à se demander « qu'aurait fait Walt ? » — et devint même une cible de rachat. Ce n'est qu'avec une nouvelle équipe dirigeante (Eisner et d'autres) en 1984 qu'elle se rétablit. Pouvez-vous préparer un « relais » pour combler l'absence de la figure centrale tant que les temps sont encore bons ?
  • Gardez une marge, et sachez quand quitter la table. À son apogée, Napoléon disposait d'une marge de temps et de troupes pour absorber l'erreur. Dans une organisation qui a perdu sa marge, de petites défaillances s'enchaînent en effondrement. La réserve de force qui permet d'éviter la blessure mortelle est le fondement caché de la vraie force.

La position centrale fonctionna parfaitement à Austerlitz parce que l'Empereur pouvait combler chaque lacune. S'il ne put produire de victoire décisive à Borodino, fut encerclé à Leipzig et vit tout s'effondrer à Waterloo, c'est que la méthode, en fin de compte, ne put jamais s'élever au-dessus d'un seul être humain.

Conclusion : le génie individuel qui ne devint jamais un système

Waterloo est la bataille où la méthode de Napoléon se heurta à sa propre limite. Le plan de position centrale était juste, et jusqu'au point de scinder l'ennemi à Ligny, il ne différait en rien de son apogée. Mais l'exécution qui transforme une scission en victoire — la poursuite, la coordination, la transmission des ordres — était une fonction que l'Empereur seul avait jadis remplie en étant partout. En 1815, chacune de ces choses devint un point de défaillance unique, et, sans relais, elles cédèrent toutes en même temps, et ce fut l'effondrement.

Les guerres de Napoléon commencèrent par la conception d'un récit à Lodi, mûrirent en l'art de la diversion à Austerlitz, montrèrent une force conditionnelle à Friedland, perdirent le pouvoir de produire une victoire décisive à Borodino, furent encerclées par la Coalition à Leipzig, et s'achevèrent à Waterloo en révélant que la méthode « ne fut jamais un système reproductible ». Deux siècles plus tard, cette méthode demeure un manuel de stratégie. Mais la plus grande leçon laissée par Waterloo n'est pas tactique — c'est que, aussi exceptionnel qu'un génie individuel puisse être, à moins d'être traduit en un système doté de la redondance pour le soutenir, il s'effondrera un jour avec la limite d'un seul être humain.

FAQ

Livrée le 18 juin 1815, elle fut la défaite finale de Napoléon après son retour de l'île d'Elbe, et elle mit fin à la fois aux guerres napoléoniennes et à l'époque napoléonienne elle-même. En quelques jours il abdiqua une seconde fois, et il fut exilé à Sainte-Hélène, une île reculée au milieu de l'Atlantique, où il mourut. « Waterloo » survit aujourd'hui comme une expression désignant une défaite décisive et finale — to meet one's Waterloo.

C'était sa manœuvre signature, la position centrale (lignes intérieures). Il envahit la Belgique et s'enfonça entre l'armée anglo-alliée de Wellington et les Prussiens de Blücher, visant à battre chacun en détail avant qu'ils ne puissent s'unir. Le 16 juin, il battit Blücher à Ligny (sans toutefois le détruire) tandis que Ney contenait Wellington aux Quatre-Bras. Le plan de les séparer réussit — mais il s'effondra au stade de transformer cette scission en victoire.

Le 17 juin, Napoléon donna à Grouchy quelque 33 000 hommes avec l'ordre de poursuivre les Prussiens, mais le détachement partit tard et Grouchy perdit la trace de l'ennemi. Le matin du 18, entendant le canon à Walhain, son subordonné Gérard le pressa de marcher vers le bruit des canons, mais Grouchy refusa, invoquant ses ordres, et combattit l'arrière-garde prussienne à Wavre. Pendant ce temps, le gros de Blücher marchait sur Waterloo, et l'ordre de rappel de Soult n'arriva qu'après 18 h. La responsabilité est encore débattue — les ordres vagues en portent une part.

Vers 16 h, Ney prit le mouvement de recul de la coalition pour une retraite et lança quelque 9 000–10 000 cavaliers, sans soutien d'infanterie ni d'artillerie, à plusieurs reprises contre les carrés britanniques intacts. Les carrés ne pouvaient être rompus par la cavalerie seule, et la cavalerie française fut usée sous le feu des mousquets et des canons. C'est un cas d'école : le rôle de combiner les armes — un commandement que Napoléon lui-même avait jadis exercé — ne fonctionna pas sur le terrain.

Elle fut décisive à l'extrême. Coincé sous son cheval à Ligny, Blücher, âgé de 72 ans, réorganisa néanmoins son armée et se mit en marche. Vers 16 h 30, le IVe corps de Bülow frappa Plancenoit derrière la droite française, contraignant Napoléon à prélever sa précieuse Garde (d'abord la Jeune Garde, puis une partie de la Vieille Garde) pour y faire face. La réserve qui aurait dû porter le coup décisif s'évanouit au moment de la crise. Les effectifs, à égalité le matin, s'étaient creusés au soir pour atteindre environ 118 000 coalisés contre quelque 73 000 Français.

On soutient largement que oui. Berthier, qui était le chef d'état-major de Napoléon depuis 1796 et avait su transformer les conceptions de l'Empereur en ordres nets, ne rallia pas la restauration et mourut en tombant d'une fenêtre le 1er juin, juste avant la bataille (les récits diffèrent — accident, suicide ou meurtre). Son successeur Soult ne sut écrire que des ordres vagues, et l'ambiguïté qui en résulta dans les instructions à Grouchy et à Ney est souvent relevée. L'anecdote selon laquelle Berthier aurait envoyé cent estafettes en dit long sur la différence. Il n'y avait dans le système aucun relais pour combler l'absence d'un seul homme.

Il est vrai qu'il souffrait d'hémorroïdes et de troubles urinaires, mais l'affirmation selon laquelle cela aurait causé la défaite manque de preuves solides et demeure un facteur secondaire et contesté. Le jour même, il était debout et commandait en selle dès le matin. Certains notent que placer la santé au centre est une apologie destinée à protéger le mythe de son invincibilité. Cet article traite la santé comme un facteur de l'ordre d'une note de bas de page et ne fait pas reposer sur elle l'explication de l'issue.

Les Prussiens de Gneisenau poursuivirent les Français en déroute toute la nuit et les détruisirent. Napoléon rentra à Paris et abdiqua une seconde fois le 22 juin. Le 15 juillet, il se rendit à bord du HMS Bellerophon, en octobre il fut exilé sur l'île reculée de Sainte-Hélène, et il y mourut le 5 mai 1821. Ney fut fusillé pour trahison le 7 décembre. En France, Louis XVIII fut restauré, et le second traité de Paris, en novembre, imposa des conditions plus dures que celles de 1814.

Affirmations et sources

  1. David G. Chandler(1966). The Campaigns of Napoleon, Macmillan.
  2. Encyclopædia Britannica. Battle of Waterloo, Encyclopædia Britannica. [link]
  3. Harrison W. Mark(2023). Battle of Waterloo, World History Encyclopedia. [link]
  4. Andrew Roberts(2014). Napoleon: A Life, Allen Lane / Penguin.
  5. Fondation Napoléon. How did Napoleon manage to lose the Battle of Waterloo?, napoleon.org (Fondation Napoléon). [link]
  6. Wikipedia contributors. Battle of Waterloo, Wikipedia. [link]